La double qui ressemble à un grand coup de pieds dans les testicules

Il y a des erreurs pardonnables. Confondre sel et sucre dans un café, appeler son prof “maman”, liker une photo de 2013 en stalkant un ex. Et puis il y a celle qui relève de la pure absurdité : acheter 19Q4 de Murakami en un seul volume. C’était pourtant écrit en gros : Tome 1. Noir sur blanc, ou blanc sur rouge, peu importe. Mais non. On se laisse tenter par l’épaisseur raisonnable, la quatrième de couverture intrigante, et on repart, insouciant, prêt à plonger dans cette Tokyo parallèle où une femme aux oreilles hypnotiques grimpe sur une échelle d’urgence tandis qu’un écrivain de science-fiction manipule la réalité. On ouvre les premières pages, on glisse dans le tunnel Murakami, cette ambiance cotonneuse où tout semble normal mais un rien de travers. Et puis… ça s’arrête. Net. Le livre est terminé, mais l’histoire ne fait que commencer. Alors on revient en librairie, penaud. On tente de masquer la honte en feuilletant un autre rayon avant de récupérer les tomes manquants. Parce qu’on ne peut pas rester coincé à la sortie de 19Q4, comme un pauvre type au bord d’un univers parallèle sans moyen d’y retourner. On les prend tous, cette fois. Et on comprend la leçon : avec Murakami, on ne fait pas les choses à moitié.
Haruki Murakami “19Q4” (10/18)

