La double qui a dit pourquoi elle reviendra pas

Avec On était des loups, Collette (avec deux “l”) inventait le western en huis clos, en pleine nature et sans Indiens. Mais avec un cowboy. Enfin, plutôt un jeune mec qui décide d’aller vivre au milieu de nulle part avec femme et enfant, avant qu’un grizzly ne s’en mêle et ne vienne lui compliquer la vie sauvage.Un bouquin qui marque au fer rouge, écrit comme on parle, ou plutôt comme lui parle, avec une écriture brute et rugueuse, taillée à la serpe, où chaque mot semble pesé, mâché et recraché avec une économie quasi animale. Collette ne fait pas dans l’ornemental : elle colle aux basques de son personnage, un type dur à cuire qui découvre, à son corps défendant, qu’on ne s’improvise pas père quand on a passé sa vie à fuir l’humanité. Derrière cette errance à travers les montagnes et la solitude, derrière ce road-trip à pied avec un môme qui ne parle pas encore, se cache un récit initiatique d’une brutalité et d’une tendresse mêlées. La nature y est une présence écrasante, plus hostile que grandiose, et l’amour filial, une terre étrangère où avancer à tâtons. Un roman sec, viscéral, animal. À lire les poings serrés.
Sandrine Collette “On était des loups” (JC Lattès, 2022)


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