La double qui annonce un malheur à venir

Enfin là, à ce niveau-là, vu les dernières nouvelles du front, il aurait carrément pu s’appeler Survivre (dans une geôle algérienne). C’est en tout cas tout ce qu’on souhaite à l’écrivain algérien, qui, avec Vivre, est pourtant resté hyper loin du potentiel dévastateur de 2084, conte philosophique casse-gueule à ne pas mettre entre les mains du premier tyran venu. Ici, peu ou pas du tout de dénonciation camouflée du totalitarisme religieux de son précédent ouvrage paru en 2015 – ses bourreaux algériens auront donc mis 10 ans à le lire et à le comprendre, mais en même temps, les mecs n’ont pas inventé le fil à couper le mécréant non plus. Cette fois, Sansal nous cause fin du monde et petits hommes verts, à mi-chemin entre Liu Cixin et Don’t Look Up, avec en toile de fond une humanité qui court à sa perte sans même ralentir pour regarder le paysage. Alors oui, il est parfois un peu lourdingue avec le wokisme, mais ce n’est pas une raison pour ne pas s’y plonger. Parce que même quand Sansal radote un peu, il reste un conteur hors pair, capable de tricoter une fable SF qui, sous couvert de fin du monde et de visiteurs de l’espace, se pose les vraies questions : qu’est-ce que vivre, justement, dans un monde en perdition ?
Boualem Sansal – Vivre (Gallimard)

