La double qui a 15 secondes pour se décider.

L’adaptation de roman en BD est définitivement un genre à part. Manière de dire que, quand on n’est pas Kateřina Čupová et son R.U.R. ou, mieux encore, Gou Tanabe et ses formidables adaptations de Lovecraft en manga, on n’est jamais très loin de l’exercice casse-gueule par définition. En s’attaquant à Ravage de Barjavel, roman culte de toute une génération de lecteurs (et de futurs écrivains) de SF, le trio Morvan/Macutay/Walter savait bien qu’il risquait la gamelle à chaque coin de page. La colorisation reste sans surprise majeure et le dessin plutôt banal ; on aurait aimé plus de prise de risque, au vu de l’atmosphère presque cyberpunk qui se dégage du scénario de Morvan, avec une narration un peu plus nerveuse que l’originale et une relecture subtile du personnage principal, François — encore plus gros con autoritaire que chez Barjavel (pourtant déjà bien réac) — ainsi qu’une mise en lumière appuyée des ambiguïtés seulement effleurées dans l’œuvre originale, entre tentation totalitaire et machisme latent.
JD Morvan, Rey Macutay et Walter, d’après Barjavel “Ravage” (Glénat)

