Mikhaïl Boulgakov – Le Maître et Marguerite (Robert Laffont)

La double qui finirait par croire en l’existence du diable

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Mikhaïl Boulgakov – Le Maître et Marguerite (Robert Laffont)

Liste des raisons tout à fait objectives pour lesquelles on a tant tardé à lire ce chef-d’œuvre de la littérature russe, enfin, de la littérature tout court.

  1. Le patronyme russe. Quand on pense russe, on pense Tolstoï, Dostoïevski, les gros pavés imbitables de 1200 pages (pour le tome 1), les longues descriptions monocordes et les personnages qui changent de noms toutes les trois pages histoire de bien t’embrouiller encore plus. Mais les Russes, c’est aussi Gogol, Pouchkine, Soljenitsyne… et Boulgakov, au moins aussi marrant que les deux derniers réunis.
  2. Le titre mi-licencieux (Justine ou la vertu), mi-philosophe des Lumières façon cave humide de ma bibliothèque idéale – Voltaire dort carrément dans le jardin sous la pluie. Mais remplacez donc “le Maître” par ce qu’il est, le Diable, et ça a tout de suite une autre gueule.
  3. La surpopulation de l’étagère d’en haut à droite, celle avec les (vingt-trois) bouquins en attente. Mikhaïl a eu du bol, il s’est retrouvé coincé entre un Jacques Abeille et un Claude Simon. Beaucoup plus digeste, le Bakhlovka.
  4. Le statut de livre culte, trop souvent attribué aux gagnants d’un concours de circonstances : écrivain décédé juste avant la sortie du bouquin, passé sulfureux au bras levé, rumeur de faux… Comme Soljenitsyne, Boulgakov a repris deux fois du goulag, mais si Le Maître et Marguerite est devenu culte, c’est pour une toute autre raison. Approchez, que je vous le dise à l’œil (de Moscou) : C’est parce que c’est un roman tout bonnement génial, une claque littéraire absolue, une explosion de satire, de fantastique et de poésie. Un livre où Satan organise un bal surréaliste à Moscou, où un chat géant philosophe fait du grabuge, où Ponce Pilate ressurgit d’un manuscrit maudit. Un bordel magistral, drôle, érudit et implacable.

Mikhaïl Boulgakov – Le Maître et Marguerite (Robert Laffont)

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