La double qui nous fait sentir la morsure du froid.

Si “Les Âmes grises” demeure LE livre par lequel il faut absolument commencer à lire Claudel, c’est sans doute parce qu’il s’en dégage toute la quintessence (vérifiez, ce n’est pas un gros mot, au contraire de “sac à merde” ou “homme politique”) du style de l’auteur mosellan, à l’image de la campagne du pays qui l’a vu naître : ça suinte, c’est brumeux en permanence, d’une roideur désarmante et d’une froideur qui s’insinue partout, grise comme une âme lambda pour qui rien n’est jamais tout noir ou tout blanc, surtout en 1917 dans les environs de Verdun. Les rares rayons de soleil qui parviennent à percer les nuages de ce roman multiprimé réchauffent autant qu’un discours d’Emmanuel Macron en plein mois de janvier.
Philippe Claudel “Les âmes grises” (Stock)


