La double qui avoit cheminé une lieue à travers une forest de jasemins et de mirthes quand elle apperceut, couché à l’ombre, je ne sçay quoy qui remuoits.

Parus respectivement en 1657 et 1662, ces Histoires comiques des États et Empires de la Lune et du Soleil sont aujourd’hui considérées comme faisant partie des tout premiers ouvrages de SF… Que dis-je, un ouvrage, c’est un cap, une péninsule ! Car oui, c’est bien de la vie aussi brève que mouvementée (il meurt de maladie à 36 ans après quelques duels épiques) du cadet de Gascogne Savinien de Cyrano de Bergerac dont s’est ensuite inspiré Edmond Rostand pour écrire son célèbre roman quelque 250 ans plus tard. Pas (ou peu) d’enflammade au balcon ni de capes et d’épées dans ses œuvres, si ce ne sont celles qui ceignent ce grand libertin amateur de voyages lunaires alors qu’il s’imagine s’envoler dans l’espace en chevauchant, tranquille pépère, quelques bouteilles d’éther. Là-haut, tout là-haut, il découvrira une étrange société où les gens se nourrissent de fumée et où la monnaie d’échange principale demeure… le poème. Une fois qu’on se fait un peu au fait de lire en ancien français (déjà qu’on comprend à peine le nouveau), ces visites comiques et cosmiques apparaissent bien vite comme un fragment indispensable de l’histoire littéraire française, aux côtés desquelles le Candide de Voltaire (et toujours pas de Zadig) fait bien pâle figure.
Savinien de Cyrano de Bergerac « Histoires comiques des États et Empires de la Lune et du Soleil »

