La double qui s‘en prend à l’incapacité du roman moderne, surtout français, décérébré et hagard, de comprendre la douleur et donc de créer des personnages.

Difficile d’isoler une seule double page tant le génie bolanesque transpire ici à chaque ligne ou presque, de pirouette sémantique en trouvaille poétique, de fulgurance scénaristique en concept tout simplement parfait. Sous le titre ultra provocateur (impec pour lire dans le tramway sous les regards inquisiteurs de l’usager qui se demande si c’est de l’art ou de la cochonnaille), Bolaño réalise avec cette vraie-fausse anthologie de la littérature nazie un véritable tour de force et le rêve de tout écrivain, à peine caressée en son temps par les Microfictions de Régis Jauffret : inventer sur le pouce tout un aéropage de poètes et balancer sans sourciller une bonne cinquantaine d’idées d’ouvrages qu’on aurait adoré écrire à défaut de pouvoir les lire, à moins que ce ne soit le contraire. Il en faut du talent pour inventer en si peu de pages un univers entier, qui poussera le lecteur à de nombreuses recherches Google aussi vaines que jubilatoires.
Roberto Bolaño “La littérature nazie en Amérique” (Christian Bourgeois)


