La double qui est sortie du bistrot comme quelqu’un qui a oublié de fermer le gaz.
★★★★

Un album qui tue, tout simplement. Normal, pour une histoire de désinsectisation. Walter Eisenhower, exterminateur de cafards de son état, aurait pourtant mieux fait de s’en tenir aux plinthes : à force de fourrer son nez dans les mauvais recoins, le voilà embarqué dans une affaire pour laquelle sa combinaison rouge ne constitue pas une protection suffisante. Contre les blattes, passe encore. Contre le délire ambiant, faudrait voir à changer de produit.
Tardi a troqué les troquets parisiens pour la poisseur du Bronx, sans que le voyage ait beaucoup assaini l’atmosphère. Son noir et blanc colle aux murs, aux trottoirs, aux gueules ; le rouge de la combinaison de Walter s’en détache avec une obstination presque suspecte. On ne voit que lui, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle pour un antihéros qui aurait tout intérêt à passer inaperçu.
Et puis la réalité commence à prendre l’eau. Le scénario de Benjamin Legrand la fait glisser progressivement vers autre chose, sans qu’on sache jamais très bien dans quel délire ces deux-là nous ont encore embarqués. On était venu pour les cafards, on se retrouve à inspecter les fissures du réel. Pour le traitement, prévoir plusieurs passages.

Tueur de cafards
Dessin : Jacques Tardi
Scénario : Benjamin Legrand
Éditeur : Casterman
Première publication en album : 1984
Collection d’origine : Studio (À Suivre)
Longueur du récit : 47 planches.
Genre : bande dessinée, polar, fantastique
Traitement graphique : noir et blanc avec rouge

