Henri Lœvenbruck, Nous rêvions juste de liberté — Flammarion, 2015

La double qui nous réconciliait un peu avec la race adulte.

★★★★★

À ranger entre Kerouac et une version (encore plus) destroy d’Easy Rider, bad trips et sexe sauvage absolument pas en option, Nous rêvions juste de liberté a de furieux airs d’uppercut dans ta gueule et, accessoirement, dans celle de ce couillon de flic qui s’est mis en tête de verbaliser cette bande asymétrique de motards cabossés de la tête, lancés à toute berzingue sur les routes du Sud vers une destination plus ou moins inconnue. À moins que ce ne soit ailleurs. Lœvenbruck raconte une histoire de loyauté et de trahison, d’anarchie et de tradition : on veut s’affranchir de tout, mais on se fabrique un clan, des règles, un code d’honneur. On envoie promener la société sans renoncer à appartenir à quelque chose, surtout à cette bande qui tient lieu de famille. Toute cette contradiction roule avec eux, coincée entre le désir de foutre le camp et la peur de laisser les autres derrière. Un bouquin qui vrombit aux oreilles et laisse des traces de gomme sur la chaussée. Pour le happy ending, on repassera.

L’EXTRAIT

« Mais nous, je sais pas pourquoi, il nous avait à la bonne, et je suis certain qu’on lui payait toutes nos ardoises, d’ailleurs. Parfois, pour lui rendre la pareille, on allait servir les clients à la station-service et, si on touchait un pourboire, on le mettait dans la boîte en bois sur le comptoir.

Le soir, c’était souvent un peu tendu, chez José, avec les alcooliques du coin, comme la bière était pas chère et que c’était le bar le plus proche des marais. Mais, quand un client manquait de respect, on le tartait sans sommation. José, il nous réconciliait un peu avec la race adulte.

Nous rêvions juste de liberté
Auteur : Henri Lœvenbruck
Langue originale : français
Première édition : Flammarion, avril 2015.
Collection : Littérature française
Édition poche : J’ai lu, 2017, 496 pages.
Genre : roman initiatique, roman de la route

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