La double confiée au hasard

Je suis l’Homme-Dé. Et ce soir, je fais rouler pensivement entre mes doigts ce petit cube magique et ses six faces inégales qui décideront du sort de cette chronique. Un 1 ou un 2, j’écris une chronique dithyrambique de l’Homme-Dé, je confirme sans sourciller son statut de roman culte qu’il faut absolument avoir lu dans sa vie, histoire de pas mourir con. Un 3, je prends le contre-pied, Rhinehart est un charlatan, son bouquin une sombre merde remplie de débordements sexistes et de scènes de sexe dont on se serait bien passé. Un 4, je m’en bats les couilles, j’écris rien, d’ailleurs, j’arrête d’écrire des chroniques que personne ne lit. Un 5, je me contente, à la manière du lecteur lambda de Babelio, de recopier la quatrième de couv’ (“Le psychanalyste Luke Rhinehart a décidé de transformer son existence en un immense jeu de hasard : il laisse de simples dés prendre pour lui toutes les décisions de son existence. Très vite, le ” syndrome du dé ” se répand dans la population. Et les autorités s’inquiètent. Car le Dr Rhinehart a peut-être inventé, sans le savoir, le moyen d’en finir pour toujours avec la civilisation”). Tout en ponctuant ça d’un vibrant « alors moi vraiment j’ai pas aimé parce que j’ai pas très bien compris ». Et un 6, j’arrête tout le reste et je consacre le reste de mon existence à écrire des essais de 800 pages sur Luke Rhinehart, sa vie, son œuvre, son nom imprononçable, pourquoi est-ce que des critiques attardés l’ont classé en littérature de science-fiction alors qu’il est sans conteste plus proche d’un John Irving que d’un Philip K. Dick, je quitte ma femme et mon gosse pour fonder une secte d’adorateurs du Dé, et je vous emmerde. Le dé roule sur la table. Alea jacta est, mon cul.
Luke Rhinehart « L’Homme-Dé » (Editions de l’Olivier)


